Reference : Des guerres en Italie avant les Guerres d'Italie. Les entreprises militaires français...
Dissertations and theses : Doctoral thesis
Arts & humanities : History
http://hdl.handle.net/2268/90487
Des guerres en Italie avant les Guerres d'Italie. Les entreprises militaires françaises dans la Péninsule à l'époque du Grand Schisme d'Occident
French
[en] Wars in Italy before the Great Italian Wars. The French military undertakings in the Peninsula at the time of the Great Western Schism
Masson, Christophe mailto [Université de Liège - ULg > Département des sciences historiques > Histoire du Moyen Age tardif et de la Renaissance >]
25-Mar-2011
Université de Liège, ​​Belgique
Docteur en Histoire, Art et Archéologique
445+186
Marchandisse, Alain mailto
Schnerb, Bertrand
Moreno, Paola mailto
Contamine, Philippe
Cauchies, Jean-Marie
Gaier, Claude
[en] Military History ; Modern State ; French and Italian History
[fr] Si la guerre de Cent Ans stricto sensu, est depuis des années l'objet de recherches de tout premier plan, la question des expéditions françaises en Italie à l'époque du Grand Schisme d'Occident était restée vierge de toute étude de synthèse, à tout le moins sur le plan qui semble pourtant le plus évident, celui de la guerre, et ce alors même que les implications politiques de ces mêmes guerres italiennes sont étudiées depuis aujourd'hui plus d'un siècle.

Au croisement des sources – sources narratives et documents d'archives se sont révélés être le socle sur lequel s'est progressivement construite notre synthèse puisqu'au caractère lacunaire des premières en terme de fiabilité ou de chronologie a fait pièce la précision des secondes qui trouvaient pour leur part dans la confrontation avec les chroniques les éléments de nature à enrayer l'aridité des relevés financiers – fait écho celui des approches, que nous avons souhaitées multiples, de notre sujet d'études. Pour appréhender le fait militaire, nous avons privilégié une vision globalisante, eu égard au fait que, à nos yeux, l'armée représentait un tout qui se doit d'être étudié de la sorte. Les divers éléments qui la composent étant interdépendants, on ne peut connaître l'un sans envisager l'autre.

Il ressort de cette approche plurielle plusieurs observations. Alors que l'Europe se cliche au gré des intérêts politiques et spirituels en obédiences rivales, l'on aurait pu s'attendre à ce que des princes français, traditionnellement favorables à la papauté d'Avignon, deviennent les champions des prélats des bords du Rhône. Or, il n'en fut rien. Ce qui intéressa au premier chef les ducs d'Anjou fut non de déposer celui qu'il tenait pour un usurpateur et d'établir le successeur de saint Pierre pour lequel ils avaient opté sur le trône de Rome mais de profiter des ressources financières de la papauté, considérées alors, avec le trésor du roi de France, comme les plus massives de l'Occident. De la même façon, les ressources du duc d'Orléans et celles du roi de France furent, en toute logique, très largement sollicitées par les lieutenants de ceux-ci. Mais, à cette occasion encore, on constate une indépendance certaine des bénéficiaires vis-à-vis de leurs bailleurs de fonds. La mission qui leur est confiée offre un cadre relativement lâche à leurs actions, cadre qui, joint à l'éloignement géographique, facilite l'exercice d'un pouvoir des capitaines ouvertement personnel.

Les actions menées en Italie se trouvent tout à fait différer des usages en cours lors de la guerre qui opposait la France à l'Angleterre. Depuis Charles V, en effet, les armées françaises s'étaient vues ordonner l'abandon de la charge de cavalerie au profit d'options tactiques mieux à même de contrer une infanterie adverse qui s'était signalée lors des sanglantes batailles de Crécy et de Poitiers. En Italie, au contraire, si les compagnies fleurdelysées ressemblaient par la taille à leurs homologues cisalpines, leur aspect les en faisait parfaitement différer. La prééminence est à nouveau le fait d'hommes d'armes montés. Le basculement est donc complet et rapide de la part de guerriers qui s'adaptent d'autant plus rapidement à leur nouvel ennemi que celui-ci se révèle être un fervent adepte du choc frontal, du moins lorsqu'il accepte le combat.

C'est d'ailleurs un trait marquant des opérations françaises que de n'avoir que rarement produit de grandes batailles. Au vrai, les Italiens s'efforçaient le plus souvent d'éviter tout affrontement d'importance afin de tirer profit de leur établissement dans le royaume de Naples ou dans la République de Gênes. Partant, les Français organiseront leurs campagnes autour d'un objectif prioritaire, la soumission de la capitale adverse et auront donc recours à des moyens moins typiquement « chevaleresques » pour assurer le triomphe de leur cause. Si Louis Ier d'Anjou n'a visiblement pu compter que sur une faible artillerie, ceux qui, à sa suite, prirent le chemin de l'Italie ne semblent pas avoir négligé cette composante de plus en plus importante de l'art de la guerre. D'autres moyens pour emporter des places fortes furent mis en œuvre, qui tous s'éloignaient un peu plus de la morale traditionnellement défendue par cette classe sociale particulière qu'était la chevalerie. Or, ces pratiques étaient loin d'être étrangères aux capitaines royaux et ducaux. L'idée de l'honorable et pur chevalier parangon de vertu confronté à des réalités italiennes qu'il ne peut comprendre car trop ignobles ne résiste pas à l'examen attentif des faits.

Les armées médiévales – de terre ou de mer – tiraient évidemment leur puissance de leur importance numérique. Par suite, ce sont les chefs de guerre à la tête des plus nombreuses compagnies qui reçurent le commandement de l'ensemble des troupes. Le recrutement en cascade – les fidèles d'un seigneur conduisant à leurs côtés certains de leurs fidèles et ainsi de suite – explique que, contrairement, une fois encore, à ce que l'on aurait pu croire, le service d'Italie ne s'est pas révélé un accélérateur de carrière chez les gens d'armes. Leur présence dépendait plus de liens personnels les unissant à un chef de guerre que de relations de service ou de vassalité les attachant au souverain commanditaire de l'entreprise. Nulle surprise donc à ce que ce dernier ne juge pas nécessaire de les récompenser à la fin de leur mission. Au contraire, ce sont les techniciens, gens de finances et de lettres, qui bénéficièrent de promotions à leur retour d'Italie. La guerre dans la Péninsule n'était qu'une étape de plus dans la carrière d'un homme d'armes alors qu'elle prouvait les capacités des « petites mains » de l'armée à affronter des situations auxquelles l'on ne pouvait se préparer.

Si la délégation de pouvoir est importante, il n'en reste pas moins que l'on assiste tout au long de ces campagnes à la négation de la personnalité du capitaine dans le domaine pourtant si important des symboles politiques. L'armée demeure ainsi un instrument de pouvoir aux mains du souverain. Au-delà de l'aspect spécifiquement politico-militaire, elle exprime l'excellence de ce dernier, qu'il s'agisse des ducs d'Anjou et d'Orléans ou du roi de France, lequel prouve par le succès des armes et la qualité – sociale aussi bien qu'esthétique – de son armée la valeur et la justesse de ses prétentions.

Au vrai, si c'est la noblesse qui, logiquement, compose les armées françaises et occupe les principales charges de gouvernement, elle est subjuguée par l'État qu'elle sert. Elle en retire un prestige certain mais renonce aussi, simultanément, à son indépendance. Ici encore, l'état moderne en construction se bâtit sur et grâce à une aristocratie relais des intérêts ducaux ou royaux. De la même façon, la présence de Français au sein de ces administrations locales trahit l'importance prise par les liens sociaux dans l'exercice du pouvoir et sa délégation. Ce sont leur proximité et leur amitié qui font des lieutenants du capitaine les officiers du roi. La fidélité personnelle intervient donc comme ciment d'un pouvoir étatique. La noblesse, bien qu'elle soit en Italie moins soumise au pouvoir royal en Italie qu'en France, constitue le véritable cœur de l'armée, tout comme cette dernière est le noyau de l'état princier que l'on développe outremonts grâce au cadre fourni par le modèle royal.
Fonds de la Recherche Scientifique (Communauté française de Belgique) - F.R.S.-FNRS
Researchers ; Professionals ; Students
http://hdl.handle.net/2268/90487

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