[fr] Cet article interroge la relation intermédiale entre peinture et photographie, et notamment la transformation des pratiques de réception liées à la transduction de certaines iconographies religieuses d’un médium à l’autre. Il décrit les effets de sens que les textes picturaux et photographiques engendrent lorsqu’ils sont censés représenter non seulement l’invisible, mais aussi la transcendance. Si la peinture religieuse a toujours été légitimée à représenter Jésus-Christ, les saints et les visions de l’au-delà, la photographie artistique a au contraire subi des « contraintes interprétatives » attribuées par la doxa à sa genèse à empreinte. Si la doxa a donc relégué les textes photographiques artistiques à la seule fonction de représenter l’« ici-et-maintenant », le cas de la photo dévotionnelle est différent. En effet, la photographie dévotionnelle, engendrant des pratiques productives, interprétatives et communicationnelles tout à fait différentes de celles de la photo artistique, a mis en scène une autre conception du médium photographique, qui le met en communication étroite avec la syntaxe figurative de l’icône, ou même avec le saint suaire de Turin – image qui n’est pas faite de main d’homme (acheiropoïètes) et qui devient support d’une révélation sans médiation.