Reference : Restaurer, dé-restaurer : l’authenticité en question. Le cas des peintures de Michel-Ange
Scientific conferences in universities or research centers : Scientific conference in universities or research centers
Arts & humanities : Art & art history
Arts & humanities : Multidisciplinary, general & others
http://hdl.handle.net/2268/135693
Restaurer, dé-restaurer : l’authenticité en question. Le cas des peintures de Michel-Ange
French
Allart, Dominique mailto [Université de Liège - ULg > Transitions. Département de recherches sur le Moyen Âge tardif & la Première Modernité > Histoire et technologie des arts plastiques (Temps modernes) > >]
17-Oct-2011
International
La restauration comme processus de la connaissance, cycle de cours-conférences du Collège Belgique, sous la direction de Pierre Jodogne
octobre 2011
Académie royale de Belgique, Collège Belgique
Bruxelles
Belgique
[fr] Restauration des fresques ; Michel-Ange ; Rome, Sixtine ; authenticité de l'œuvre d'art ; histoire matérielle de l'art ; Philosophie de la restauration
[fr] Qu’est-ce que la restauration d’une œuvre d’art ? La question est plus délicate qu’il n’y paraît, car elle met en jeu le sens que l’on donne à l’œuvre d’art et la conception que l’on a de son authenticité. Elle a suscité des réflexions passionnantes, notamment sous la plume de Cesare Brandi et de Paul Philippot. Ceux-ci ont jeté les bases d’une véritable théorie de la restauration de l’œuvre d’art, tenant compte de toute la complexité de celle-ci, la reconnaissant comme entité conceptuelle et matérielle à la fois, dotée d’une double dimension esthétique et historique.
Sans négliger ce substrat de réflexions très riches, les praticiens de la restauration prennent volontiers appui sur un cadre pragmatique élaboré par le Committee for Conservation de l’International Council of Museums (ICOM-CC), distinguant conservation préventive, conservation curative et restauration proprement dite. La restauration y est définie comme l’ensemble des actions accomplies sur un bien culturel en état stable, afin d’en améliorer l’appréciation, la compréhension et l’usage. Il est précisé que ces actions sont entreprises quand le bien a perdu une part de sa signification ou de sa fonction, du fait de détériorations ou de remaniements passés. Ces actions modifient généralement l’apparence du bien.
Une telle définition, simple à première vue, soulève en fait de nombreuses questions, que je proposerai d’examiner sur la base d’un exemple bien connu de tous : celui des restaurations accomplies sur les fresques de Michel-Ange à la chapelle Sixtine entre 1980 et 1994.
Je retracerai brièvement les étapes de ces grandes campagnes de restaurations que d’aucuns considèrent comme les plus importantes du XXe siècle. Je montrerai que, selon les normes les plus exigeantes actuellement encore en vigueur, elles illustraient un niveau d’excellence extrême. En effet, elles se fondaient sur des études préalables menées par des équipes multidisciplinaires, qui en assurèrent ensuite le suivi pas à pas ; elles furent accomplies par des praticiens hautement qualifiés ; elles furent scrupuleusement documentées dans toutes leurs étapes, et enfin, elles donnèrent lieu à rapports circonstanciés, qui furent intégralement publiés.
Elles suscitèrent pourtant de vives critiques, du moins au départ, lorsqu’on en dévoila les premiers résultats. Il fallut s’habituer à l’éclat des couleurs des fresques mises à nu, débarrassées de la patine que le temps leur avait conférée. Il fallut apprendre à composer avec un « nouveau Michel-Ange », très différent du chantre des ténèbres que l’on admirait jusque là. Toute la vision de l’évolution de la peinture toscane des XVe et XVIe siècles s’en trouva bouleversée. Nous sommes donc ici confrontés à un cas d’école pour mesurer combien notre appréciation des œuvres est tributaire des fluctuations de leur état matériel.
Le restaurateur d’art effectue une démarche qui n’est pas loin d’évoquer celle qu’accomplissent les philologues éditant un texte. Selon les termes mêmes de Gianluigi Colalucci, restaurateur en chef des fresques de Michel-Ange à la Sixtine, il s’agissait pour lui de « récupérer le texte pictural originel de manière à en rendre possible une lecture philologique correcte ». En réalité, qu’il en ait ou non conscience, le restaurateur d’art, comme le philologue, se livre toujours à une interprétation. Celle-ci est historiquement conditionnée, et elle n’est pas exempte de subjectivité. La responsabilité du restaurateur d’art est sans doute encore plus lourde que celle du philologue, puisqu’il agit, quant à lui, directement, physiquement, sur un unicum, qu’il transforme durablement.
Même lorsqu’elle est accomplie avec grand soin, après mûre réflexion, par des professionnels travaillant de concert avec les meilleurs experts, la restauration d’une peinture ne récupère jamais le « texte pictural originel ». Elle remplace un ancien filtre de lecture par un autre, jugé plus adéquat, au travers duquel elle impose de regarder désormais cette œuvre. Ce faisant, elle entretient avec l’histoire de l’art des liens profonds et inextricables. Si elle l’interroge et s’appuie sur elle, elle l’informe en retour, lui procure des données nouvelles, conduisant parfois à l’ébranler, lui imposant parfois de se reconfigurer, favorisant ainsi ses progrès. Sans conteste, elle mérite d’occuper une place de choix dans la Kunstwissenschaft.
Transitions (Département de recherches sur le Moyen Âge tardif & la première Modernité) - Transitions
Researchers ; Professionals ; Students ; General public
http://hdl.handle.net/2268/135693

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