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Peer Reviewed
See detailEnfants présumés victimes d’agression sexuelle : les cliniciens doivent-ils s’adresser aux faits et se former aux techniques d’entrevues non-suggestives ?
Gérard, Marc; Demaegdt, Christophe; Piavaux, Caroline et al

Conference (2011, September 13)

RAPPORT D’EXPÉRIENCES, DE RECHERCHE-ACTION ET ÉTAT DE LA QUESTION Nos recherches, antérieurement décrites, mettaient en évidence un grand nombre de difficultés de communication entre les intervenants ... [more ▼]

RAPPORT D’EXPÉRIENCES, DE RECHERCHE-ACTION ET ÉTAT DE LA QUESTION Nos recherches, antérieurement décrites, mettaient en évidence un grand nombre de difficultés de communication entre les intervenants psycho-médico-sociaux et les enfants présumés victimes d’abus sexuels. L’analyse de contenu des échanges textuels s’est heurtée, chez les cliniciens, à nombre d’arguments et résistances que nous rappelons succinctement. Les observations précises qui furent réalisées révélèrent chez les professionnels, même expérimentés, des problèmes de changement de thème, de questions inductives et suggestives, d’évitement du sujet en cours d’entretien. A tel point que de telles entrevues ne clarifiaient que rarement l’orientation à donner à la situation ou risquaient de compromettre les suites judiciaires de celle-ci. D’une manière générale, nous avons observé que la formation habituelle des cliniciens, même thérapeutes, ne pouvait suffire. Or nous observons qu’un grand nombre de suspicions d’abus sexuels ne sont pas d’emblée judiciarisés. Une recherche d’aide et de conseils précède souvent la plainte. Mais cette première écoute engage une lourde et double responsabilité : celle d’une sur-réaction sur des bases très peu étayées ou celle du renvoi au silence d’un enfant qui tentait de dire. L’exposé sera documenté par l’étude rétrospective de l’ensemble des dossiers (n=53) ouverts au Centre SOS Enfants en 2009. On constate que plus de la moitié des dossiers ne sont pas encore l’objet d’un dépôt de plainte, et ceux qui le sont n’ont pas tous bénéficié d’une audition policière vidéo-filmée. Les abus intrafamiliaux paraissent clairement plus difficiles à amener à la connaissance des autorités judiciaires. L’ensemble des éléments mis en évidence et l’importance des enjeux nous a amené, depuis 2006, à nous engager dans divers partenariats et dans un processus de recherche-action. Les partenariats dans le cadre des programmes européens « A gis » et « Se former ensemble » ont catalysé une coopération entre équipes spécialisées et services de formation de la police. La coopération de nos services avec ceux du Québec (CE MV de Montréal, Police Nationale du Québec) a permis une sensibilisation de cliniciens (psychologues et pédopsychiatres) volontaires aux techniques validées d’entrevue non-suggestive. Dans ce cadre, plusieurs entretiens cliniques ont été vidéo-filmés avant le cycle de sensibilisation, et de nombreux autres après, tentant d’intégrer au mieux les critères recommandés. Des séances d’intervision et de supervision ont été organisées. Cette pratique, comportant l’analyse de séquences réelles, nous est apparue irremplaçable. Elle appelle la question d’une formation nécessaire et adaptée aux cliniciens de l’enfance. Les exposés suivants décrivent le processus de l’intérieur et les cliniciens questionnent la méthode et l’expérience. Ils illustrent ensuite concrètement leur propos par une pratique en pleine évolution. Reste la question, qui peut faire polémique, de ne pas réserver l’entrevue portant sur les faits d’abus à l’enquête policière et d’amorcer parfois leur élucidation dans des contextes cliniques afin d’aider au mieux les enfants victimes. mardi 13 septembre Retour d’expérience de cliniciens autour d’un protocole d’entrevue d’investigation non-suggestif avec des enfants présumés victimes d’abus sexuel. A partir de l’expérience de cliniciens des équipes SOS -enfants, cette communication vise à présenter les questions théoriques et pratiques soulevées par l’écoute des faits auprès d’enfants présumés victimes d’abus sexuels au sein d’une équipe pluridisciplinaire de première ligne. Et ce, dans le contexte spécifique de la Belgique francophone où le signalement en justice n’est pas systématique. Ecouter, ce n’est pas laisser parler. Toute écoute, même celle qui se veut la moins directive ou suggestive possible, oriente la dynamique interlocutoire. La façon d’écouter a nécessairement une incidence sur la signification que l’enfant attribue à la relation qui s’installe, sur le contenu de la parole de l’enfant, et sur les actes que l’équipe sera amenée à poser. En Belgique, le recueil exhaustif des faits liés à l’abus sexuel est couramment utilisé dans les investigations policières, mais il reste délicat à manier lors des prises en charge psycho-sociales. Classiquement, et pour des raisons que nous ne pouvons développer ici, les références théoriques qui sous-tendent les pratiques d’écoute des cliniciens s’inscrivent dans une tradition thérapeutique, d’orientation psycho-dynamique et/ou systémique. Dans ces deux approches, la matérialité des actes abusifs reste difficile à penser ; ils ne seraient que le théâtre où les conflits psychiques se déploient, où les patterns relationnels se rejouent. Mais, au-delà des principes théoriques accordant peu d’importance aux faits proprement-dits, un certain nombre d’autres arguments peuvent expliquer le refus, le désintérêt ou la prudence à aborder précisément la nature des agressions sexuelles, dans ce qu’elles ont de plus troublant et dérangeant pour celui ou celle qui les rapporte… et pour celui ou celle qui les écoute : de la peur de raviver le traumatisme chez la victime aux défenses du thérapeute le préservant d’une confrontation trop douloureuse à une réalité qu’il préfère ne connaître vraiment. Si, comme nous venons de le dire, la question de l’approche précise des faits et de leur réalité ne se pose pas ou peu lors de prises en charge exclusivement thérapeutiques, les missions spécifiques des équipes SOS-Enfants (bilan, évaluation, mise en place de mesures de protection telle que l’éloignement, …) et, dès lors, le statut du psychologue clinicien au sein de celles-ci, amènent ce dernier à devoir se positionner notamment par rapport à la matérialité des faits dénoncés ou suspectés, ainsi qu’à la crédibilité de la parole de l’enfant. En effet, dans la plupart des situations qui aboutissent dans les équipes SOS -Enfants, la demande principale, et l’attente urgente même, des professionnels ou des adultes responsables de l’enfant, est avant tout de savoir si oui ou non les faits révélés sont avérés. Cela ne répond pas à un simple besoin de savoir, mais bien à la nécessité de pouvoir décider des démarches à entreprendre (plainte à la police, éloignement familial, rupture avec tel ou tel proche, ...). Face à une telle responsabilité, la nécessité de penser l’approche précise des faits lors des premiers entretiens s’est faite chaque fois plus présente. C’est dans ce cadre que quelques cliniciens des équipes SOS-enfants de la Communauté française de Belgique ont souhaité être sensibilisés aux techniques d’entretiens non-suggestifs inspirées de la traduction française du protocole d’entrevue d’investigation NICH D de Cyr et Lamb (2009). Selon ces auteurs, l’utilisation de ce protocole d’entretiens d’investigation multiplie par 3 le nombre de questions ouvertes, et augmente le nombre de détails rapportés par les enfants. Il apparaît que l’encouragement du rappel libre de l’enfant (avec indice, segmentation de temps, …) peut dans certaines circonstances permettre d’obtenir une description précise de l’abus sexuel vécu par l’enfant. Cependant, la dimension strictement instrumentale reste insuffisante pour valider une technique et l’intégrer aux règles de métier si celle-ci ne fait pas l’objet d’accords normatifs par les praticiens concernés. La sensibilisation à l’usage de cet outil n’a fait qu’alimenter davantage les interrogations déjà présentes chez les cliniciens des équipes SOS -Enfants : l’investigation des faits se justifie-t-elle pour celui ou celle qui occupe une fonction de clinicien ? Quels sont les arguments retenus pour étayer la réponse à cette question ? Quel rapport entretenons-nous avec la matérialité des faits dans les premiers entretiens et plus largement dans les prises en charge des enfants… Quel rôle assumons-nous alors quant au secteur policier et judiciaire ? La communication tentera de rendre compte de certains cheminements individuels amorcés autour de l’investigation des faits, de ce qui fait désormais consensus pour ces cliniciens de première ligne, et de ce qui reste en tension. Globalement, il ressort que dans certaines situations, une investigation fine des actes abusifs est un préalable à la construction de projets de soins, et éventuellement à une écoute qui puisse être thérapeutique. Illustration d’options techniques fréquemment utilisées lors de premiers entretiens avec des enfants présumés victimes d’abus sexuel. La présentation de séquences issues de premiers entretiens vidéo-filmés avec des enfants illustreront la variété des techniques fréquemment utilisées par les cliniciens de première ligne. Il apparaît que ces derniers ont recours à des techniques sous-tendues par un souci de compréhension du rapport aux faits de la présumée victime. Lors du premier entretien avec des enfants présumés victime, l’investigation des faits et la recherche d’un dévoilement dans un souci protectionnel entre bien souvent en tension avec la volonté de co-construire une rencontre qui se veut soutenante quant au ressenti (par opposition au vécu) de l’enfant. Un compromis technique est à élaborer à chacune des nouvelles rencontres. Dans un souci de recherche des faits, le séquençage indiciel et temporel (Cyr et Lamb, 2009) permet d’augmenter la description de détails dans les situations propices au dévoilement. Ces techniques de communication non suggestives offrent une occasion d’en dire plus lorsque l’objectif retenu est l’obtention de détails et des précisions sur la nature exacte des actes. Outre les limites identifiées par les auteurs du protocole, il est fréquent d’être confronté à des résistances, freins et réticences au dévoilement. De tels contextes supposent dès lors d’adopter des techniques qui s’éloignent des présupposés du protocole d’entrevue non-suggestive d’investigation NICH D, et d’en adopter d’autres sous-tendues par un souci de compréhension du rapport aux faits de la présumée victime. Lorsque l’enfant n’aborde pas de faits abusifs, certaines techniques suggestives (Mugnier, 2004, 2010 ; Cirillo & Di Blasio, 2005) permettent de le soutenir là où les procédés non suggestifs se sont révélés inopérants. Ce qui, dans le contexte d’un tel protocole apparaît comme de la suggestion, peut alors être perçu comme une aide précieuse pour lever les freins et les silences. Les auteurs soutiendront l’intérêt d’élucider avec l’enfant la rationalité des freins qui peuvent exister au dévoilement. Cette rationalité de la réticence au dévoilement existe au regard du fonctionnement psychique de l’enfant (sentiment de honte, de gêne, culpabilité, monstruosité, effets du clivage,…), mais aussi au regard d’enjeux intrafamiliaux ou interpersonnels (conflit de loyauté, peur des représailles, ambivalence, syndrome de Stockholm…). Ce souci de compréhension du rapport aux faits d’abus de la présumée victime, qui dans bien des situations favorise un dévoilement ultérieur, en passe par l’adoption de techniques issues de références psychothérapeutiques. Au final, l’utilisation d’un tel protocole semble donc servir la clinique, pour autant que la clinique puisse intégrer un tel protocole dans un champ de réflexions étendu, qui participe à la construction d’une compréhensionholistique du phénomène abusif connu par l’enfant. [less ▲]

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